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26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 07:27

Pendant que Laeti trime sur son rig à la recherche de gaz, je m'autorise une petite escapade à Alor, pour un séjour plongée et découverte.

Alors, Alor, c'est tout à l'Est de Nusa Tenggara (dont la plus grande est Lombok). Et comme toujours avec l'Indonésie, plus on va vers l'Est, plus on rigole. Le voyage depuis Jakarta se fait en avion, avec quand même arrêt à Surabaya et Kupang. Il faut 8 heures.

Ma destination est Kepa, une petite île faisant face à Alor, où un centre de plongée nous avait été recommandé par une gentille dame Irlandaise il y a quelques mois. C'est la semaine avant l'Idul Fitri, la fin du Ramadhan, donc c'est plutôt calme. Le centre est tenu par deux Francais, qui vivent sur cette petite île depuis environ 18 ans. Ils semblent très impliqués dans leur communauté locale, ca fait plaisir à voir. L'accueil est bon mais pas envahissant. Ils ont deux filles qui vivent aussi avec eux et sont très sympa. Pour ma part, je choisis la hutte traditionnelle qui donne sur l'océan. 

Room with a view

La plongée est incroyable: du courant, ce qui rend les choses intéressantes, mais surtout des fonds marins exceptionnels, en excellent état et avec un relief magnifique. Pas trop de "gros", mais on s'en passe facilement dans ces conditions!

Il y a deux plongées le matin, chaque jour. Le reste du temps lecture dans le hamac. Très relax. L'ambiance est sympa entre les guests, les repas sont en commun donc on ne se sent pas seul.

Pour pimenter un peu le voyage, je décide de partir en excursion pendant deux jours. Mon but est de marcher jusqu'aux villages de montagne. Sac au dos, j'entame donc mon périple jeudi matin en retournant sur Alor. Ma cible: Lakwati, un petit village perché. Je commence par un trajet en moto pour me faire déposer "au pied" du village. Bonne nouvelle, mon chauffeur ne connaît pas Lakwati! L'île est assez petite donc je lui indique la direction, et nous demanderons en chemin. A 1km du point d'arrivée, il crève un pneu. Pas grave, je trouve une autre moto, et c'est parti pour la marche!

Après 3 minutes, je me fais doubler par une autre moto. Le gentil gars refuse que je monte à pied! C'est trop loin, dit-il. Il m'amène jusque Luba, à mi-chemin, et part sans demander son reste. Sympa :)

C'est parti! Pas foule

Suivent environ 2 heures de marche sur la route vers Lakwati. Les gens sont souriants mais pas envahissants. Ca se passe très bien, c'est agréable. Arrivé à Lakwati, je m'arrête chez la sage-femme/rebouteuse, qui tient le poste du village. Ils me font à manger, et je peux discuter de la géographie du lieu (que j'avais complètement fausse car Google Maps n'est pas toujours au point). Refusant que je paie, ils me crayonnent un petit plan de la route qui continue jusqu'aux villages suivants. Enfin, un chemin de montagne où seuls les piétons peuvent passer.

Lakwati
Pak Isaac (à gauche)

Pak Isaac me montre le début du chemin, et m'indique un raccourci avant de s'en retourner. Je m'avance donc tout seul dans la forêt, au milieu des nuages qui recouvrent les crêtes tous les jours vers midi. Par pour longtemps, car difficile de trouver un chemin praticable! C'est trop accidenté pour moi, même en suivant les sacs plastiques accrochés qui, je le croie, balise le chemin. Je dois faire demi-tour.

Le sentier
Pas facile de progresser là-dedans

Isaac m'avait aussi montré la station de base, au sommet, qui suit un chemin plus long mais plus facile, et depuis laquelle je dois pouvoir redescendre vers Fuissama. Pas difficile de monter, mais personne là-haut et cela ressemble à un cul de sac. Je parcours les buissons autour à la recherche, mais pas de route à l'horizon, juste ce qui me semble être un serpent. C'est l'heure de rentrer! Avec ces nuages, je suis bien incapable de me diriger, donc il est plus prudent de retourner d'où je viens.

Qui va là? Toujours personne
C'est un peu brumeux cet après-midi
La photo au même endroit le lendemain matin

A mon retour au village, les gens sont un peu surpris mais je leur explique que je ne connais pas suffisamment et que je préfère réessayer avec un guide le lendemain, avant les nuages si possible. Pour la petite histoire, je rencontre par hasard le garde de la station de base au village. Jamais là où on en a besoin! Je dors donc chez Pak Daud, le chef du village. Cette région doit voir une dizaine de touristes par an. Ils dorment au village d'avant, qui a une petite valeur historique. Mais à Lakwati, on ne se souvient pas d'un touriste qui passe la nuit. Je suis donc le premier depuis peut-être un demi siècle! L'accueil et l'hospitalité sont bons, Daud me donne sa chambre. Le village est chrétien, on dit donc les grâces avant le diner, et on me sert du cochon sauvage (chassé à l'arc) frit au curcuma, avec riz et kangkung. Ici, pas de sambal mais du "lada", fait de piments et crabes de rivière crus écrasés. Une expérience! C'est bon et l'estomac a tenu ;).

Sunset à Lakwati

En vrac, quelques perles de la conversation:

- les habitants du village ont peur des terroristes

- ne va pas à Mataro (un village musulman), ils tirent sur les inconnus au lance-pierres

- ici il n'y a que des gens biens, personne ne fume

Et oui, Lakwati est officiellement le premier village indonésien non-fumeur! Hallucinant. A préciser qu'il n'y a pas l'électricité dans ces montagnes, jusques quelques lampes et accessoires solaires pour les plus riches. Une légère brume provenant des feux de bois dans les foyers englobe peu à peu le village à la nuit tombante, c'est rigolo.

"Tu manges du porc? Alors toi et moi on est des frères!"
Séchage des noix de macadamia derrière la maison, vendues 20,000 roups (env 1,3 €) le kilo au Chinois du port, qui l'exporte jusque chez vous (moyennant un ou deux intermédiaires quand même)

La nuit est fraîche, on se réchauffe autour du feu au lever du jour. Un petit déj (en fait le même repas que le soir sans le lada) et Pak Isaac me remmène sur le même chemin que la veille. Mais cette fois, je lui demande de me montrer plus évidemment. Je choisis la "jalan raya" ("grande route") qui monte vers l'antenne. Effectivement, dans les nuages, je n'avais pas vu le tournant. A ce moment là, Isaac me redemande si je ne préfère pas le raccourci. Pas trop, chef! Du coup, il sort sa machette, et on doit se frayer un chemin dans la végétation! En fait, plus personne ne passe par ici. C'est raide, c'est touffu, c'est humide, ca pique et ca brûle. Environ une heure trente plus tard, heureux d'arriver à Fuissama! Dans le brouillard de la veille je me serais certainement perdu dans cette nasse. Bien content d'avoir fait demi-tour. Isaac retourne à Lakwati pendant que je continue vers Mainang, ma destination finale. Tout seul dans l'immensité, un sentiment unique! A la fin de ma marche, on me fait sauter dans un camion (avec arrêt selfie) qui retourne vers Kalabahi, d'où je peux facilement rejoindre Kepa pour une dernière journée plongée avant de rentrer.

Toujours pas foule!
Sentier tranquille vers Mainang
Les gamins sont assis au dessus de la cabine conducteur. Attention à bien se baisser pour éviter les branches!
De retour à Kepa

C'est dimanche matin, également Idul Fitri. Un heureux hasard! En effet, alors que je fais route vers l'aéroport, je traverse une succession de villages musulmans puis chrétiens. Les musulmans font la fête, avec la musique, les embrassades, habillés tout de blanc. On sent vraiment un esprit de communauté lors de cette fête, qui n'est pas familiale mais à l'échelle du village. Les chrétiens eux marchent vers l'Eglise, endimanchés. Un coup de chance pour moi de pouvoir être témoin des deux. Un bonheur n'arrivant jamais seul, je rate ma correspondance à Kupang, ce qui me fait perdre 3 ou 4 heures et arriver à Jakarta vers 18h30, juste à la nuit tombée. Voir sa ville depuis le haut recouverte de feux d'artifices est émouvant! Il y en a partout, on croirait presque un bombardement.

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